Réforme et résistance
Le Premier ministre Vorster démissionne en 1978. Son successeur,
Pieter Willem Botha, tout en poursuivant la politique d'exclusion
territoriale des Noirs, mène sans grand succès une politique d'ouverture
en direction des métis et des Indiens pour contrebalancer l'importance
des Noirs. Une nouvelle Constitution, entrée en vigueur en 1984, permet
à ceux-ci d’être représentés au Parlement et instaure un régime présidentiel.
Pieter Botha devient président de la République.
L'entrée, sous conditions, des métis et des Indiens dans la vie politique sud-africaine
est ressentie comme une ultime injustice par les Noirs et ravive l'opposition anti-apartheid.
Le Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid, lance en septembre
1984 une campagne de manifestations nationales contre le gouvernement, symboliquement placée
sous l'égide de l'archevêque anglican Desmond Tutu, auquel est décerné le prix Nobel de la
paix cette même année. Dans le même temps, le gouvernement est confronté à l'opposition de
l'aile droite du Parti national, qui fonde le Parti conservateur, et des ultra-nationalistes
du Mouvement de la Résistance afrikaner.
Jusqu'en 1989, le gouvernement de Botha balance entre répression et ouverture, tandis
que se poursuivent les émeutes dans les ghettos. A partir de 1986, au conflit opposant
police et armée aux contestataires noirs, s'ajoutent les violences meurtrières entre
membres de l'Inkatha zoulou et de l'ANC, à dominante xhosa, luttant pour le pouvoir
dans une future Afrique multiraciale. Dès août 1985, Botha évoque en effet la naissance
d'une société « post-apartheid » et supprime un certain nombre d'éléments du système de
ségrégation (passeport intérieur, interdiction des mariages mixtes). Il ne propose
cependant que l'instauration d'entités ethniques autonomes, proches du système des
bantoustans, programme auquel est favorable le chef de l'Inkatha, Mangosutu Buthelezi,
qui peut ainsi continuer d'exercer son pouvoir sur le territoire zoulou, bien que de
nombreux Zoulous appartiennent à l'ANC. Le Front démocratique uni et l'ANC veulent la
création d'une société multiraciale unie, fondée sur le principe démocratique
d'« un homme, une voie » et Nelson Mandela refuse les propositions de Pieter Botha
de le libérer en contrepartie de l'abandon de la lutte armée par l'ANC.
L'écho rencontré à l'étranger par la campagne anti-apartheid se conjugue avec la
transformation de la situation géopolitique, et l'opposition des milieux d'affaires
à l'apartheid. L'Union soviétique, engagée dans la perestroika, ne représentant plus
une menace pour les pays occidentaux, l'Afrique du Sud perd son importance géostratégique.
En octobre 1986,
le Congrès des Etats-Unis vote pour l'application des sanctions économiques. Après la
démission de Botha pour raisons de santé en 1989, Frederik W. De Klerk lance l'Afrique
du Sud dans une politique de réconciliation nationale. Il bénéficie du soutien mesuré
du Parti national, qui estime que l'apartheid est devenu un obstacle au développement
économique du pays, confronté à la baisse du cours des métaux précieux.
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